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Comment rouler en peloton : les conseils d’un entraineur

Rouler en peloton a quelque chose de magique.

Planqué aux derniers rangs, vous arrivez à rouler à une vitesse impressionnante juste en caressant les pédales.

J’ai voulu en avoir le cœur net.

Je suis allé consulter cette étude de l’université d’Eindhoven (Pays-Bas) qui s’est penchée sérieusement sur la question en 2018.

En voici les conclusions :

Les chercheurs ont reproduit dans leur laboratoire les phénomènes aérodynamiques mis en œuvre dans un peloton.

Le résultat est à peine croyable.

Comme le résume Bert Blocken, directeur de recherche à Eindhoven : « Le coureur a l’impression d’être à l’abri et c’est bien vrai. Aux deux derniers rangs de notre étude, pour un effort qui permettrait normalement à un cycliste seul de rouler à 12 km/h, et bien grâce aux phénomènes d’aspiration et d’écoulement de l’air, celui atteint en fait la vitesse de 54 km/h. »

L’étude montre que pour près de la moitié du peloton (47%) la résistance de l’air tombe entre 5 et 10%.

Une véritable aubaine, puisque sur terrain plat, la résistance de l’air devient très vite la principale force de résistance à l’avancement.

« À 50km/h, environ 90% de la puissance développée par le cycliste est utilisée pour vaincre les frottements aérodynamiques » (source : F.Grappe)

Plus étonnant encore :

Même les cyclistes placés sur les côtés profitent de l’effet du peloton. Mieux : le premier cycliste, sans personne devant lui, bénéficie lui aussi d’une moindre résistance aérodynamique.

Voulez-vous savoir comment facilement rouler en peloton ?

Aujourd’hui, j’interviewe Antoine Marcoux, entraineur des Juniors et Espoirs au Vélo-Club Nayais (64) et responsable technique chez Exper’Cycle à Montauban.

Dans cet article, vous allez découvrir ses recommandations pour bien rouler en peloton.

Un point de vue intéressant, pour les débutants comme pour les cyclistes confirmés. Car il est toujours bon de revisiter ses classiques.

Rouler en peloton inquiète souvent les cyclistes débutants. Evoluer au milieu d’un groupe suscite de l’appréhension pour le néophyte. Quels conseils peux-tu donner pour bien démarrer ?

Il faut démarrer avec un petit groupe. Idéalement 4-6 personnes, c’est beaucoup moins stressant qu’un groupe plus imposant.

Le fait de s’inscrire dans un club est également un plus. En général, des groupes de niveaux se constituent facilement.

Il ne faudra pas hésiter à dire que l’on débute et qu’on ne connait pas les codes et les pratiques du peloton. Il se trouvera toujours quelques bonnes âmes pour vous aider dans ces premiers tours de roue.

Quelles sont les règles basiques pour bien rouler en peloton ?

Elles concernent avant tout la sécurité.

  • Pour rouler au milieu des autres, il faut déjà être à l’aise seul. Avant de rouler en peloton il est bon de faire quelques sorties en tout petit comité, typiquement avec un ami qui vous accompagnera.
  • Au sein du peloton, il s’agit de rouler sans à-coup. On évite les brusques changements de rythme ou les coups de frein.
  • La gestuelle est également importante. On indique les dangers (nids de poule, ralentisseurs), les stops et feux rouges, les changements de direction.
  • On se parle également, pour signaler un danger.
  • Cela veut dire qu’il faut être ‘en éveil’, avec les yeux et les oreilles, pour voir et entendre ce qui nous est signalé.
  • Si vous utilisez une lumière de signalisation à l’arrière, il est bon de la régler sur un mode qui n’agresse pas les yeux des cyclistes qui vous suivent.

Évidemment, en toutes circonstances, et sur la totalité du parcours, il faut respecter le Code de la route, auquel, rappelons-le, le cycliste est assujetti :

  • On peut rouler à deux de fronts, et jamais plus, mais il faut se remettre en file indienne :
    • À la tombée de la nuit,
    • Par manque de visibilité,
    • Lorsqu’un véhicule voulant dépasser signale sa présence,
    • En cas de danger.
  • Au « Stop », au feu orange, au feu rouge fixe ou clignotant, il faut s’arrêter.
  • Lorsqu’elles existent sur le parcours, il faut emprunter les pistes cyclables.
  • De manière générale, le respect de l’environnement et des autres usagers de la route s’impose.

L’intérêt du peloton est aussi de se protéger du vent, comment bien se placer selon toi ?

La première des choses est en effet de regarder d’où vient le vent. Ce n’est pas toujours évident lorsqu’on roule. Il peut être utile d’observer les mouvements des feuilles et des brins d’herbes environnants.

Si le vent vient de coté, le premier se décale vers l’endroit d’où vient le vent, dans les limites de sécurité bien entendu, pour permettre aux autres de s’abriter.

Comment gérer l’écart avec la roue de devant ?

L’intérêt du peloton est de profiter de l’aspiration de ceux qui nous précèdent. Pour cela, mieux vaut ne pas en être trop loin.

Toutefois, dans des sorties loisirs, rien ne sert de se coller à 2 cm de celui qui vous procède. 30 cm, légèrement décalé est largement suffisant.

Cette distance, vous allez réussir à la gérer naturellement.

Vous en serez un peu loin au début, et petit à petit, la confiance venant, vous arriverez à vous rapprocher.

Où placer les mains sur le guidon quand on est en peloton ?

Les mains doivent absolument avoir un accès rapide aux freins. Elles seront donc soit sur les cocottes, soit au creux du cintre.

L’important est d’être relâché.

Le cycliste devra tenir le guidon de manière ferme, mais sans se crisper. Lorsque vous serrez trop fort, le haut du corps se raidit, le buste se fige et le risque de chute augmente. En restant souple, il n’y aura aucun problème.

Parfois un peu stressés, des cyclistes, même confirmés, en arrivent à mal respirer. Sur ce sujet, le remède est très simple…

Il suffit de réaliser volontairement quelques inspirations et expirations maximales. Non seulement vous apporterez un oxygène bienvenu, mais aussi vous assouplirez les muscles intercostaux et les articulations costo-vertébrales.

Lorsqu’ils prennent un relais, certains ne résistent pas à l’envie de placer une bonne accélération… D’autres s’éteignent en quelques coups de pédales. Que peux-tu nous recommander ?

Quand vous prenez un relais, il est important de conserver, au moins pendant un premier temps, l’allure du peloton.

Ce n’est pas évident, car d’un coup vous êtes pleinement exposé au vent. Il faut donc appuyer plus fort. Sans pour autant trop en mettre et faire exploser le peloton… ou vous carboniser en un clin d’oeil.

Si vous sentez que le peloton peut supporter une vitesse plus importante, vous pouvez ensuite accélérer progressivement. Mais attendez que le relayeur précédent ait eu le temps de regagner l’arrière du peloton.

Et quand on veut être relayé ?

Il vous faut faire un signe de la main. Du côté où se trouvent les cyclistes s’ils sont à l’abri d’un vent latéral.

Lorsque vous vous laissez glisser vers les places à l’arrière, faites-le le plus rapidement possible de manière à minimiser ce temps.

Comment gérer les éventuels changements de rythme du peloton ?

Les cyclistes à l’avant peuvent décider d’accélérer à un moment en effet.

Là aussi, c’est la raison pour laquelle il est important d’être attentif, de porter son regard loin devant pour pouvoir déceler ces mouvements.

En ce qui concerne les développements, il est malin d’utiliser un braquet ‘moyen’ pour pouvoir réagir rapidement à un changement de rythme.

Bien entendu, on fait attention aux arrivées en agglomération, sujettes à ralentissement, en particulier lors des sorties d’entrainement.

On prend garde également aux bas de descentes, lorsque le peloton va souvent se reformer un peu.

Lorsque le cycliste de devant passe en danseuse il y a inévitablement un à-coup à gérer, non ?

Il faut y être vigilant c’est vrai.

Quant à celui qui se met en danseuse, il est préférable qu’il le fasse lentement et en appuyant sans attendre sur les pédales. Sinon son vélo va ralentir et pourra surprendre le cycliste qui le succède.

Il n’est pas toujours évident de constituer un groupe de niveau homogène, comment faire ?

Les plus costauds peuvent s’adapter et en garder sous le pied pendant un temps.

Puis s’échapper en un petit groupe à une allure correspondant mieux à leur niveau. Et éventuellement reformer le groupe un peu plus tard.

Et lors d’une compétition, quelles sont les places que tu peux recommander ?

Pendant la course, il faut rester abrité le plus possible du vent et donc rester ”dans les roues”. Évoluer au sein d’un peloton prend alors tout son sens.

Entre les personnes en tête de groupe, en plein vent, et les personnes à l’abri (au moins 6/7 personnes devant), la différence d’effort à réaliser sur les pédales est colossale.

Un fin tacticien pourra arriver à rouler avec des personnes nettement plus fortes que lui.

En revanche, lorsque les côtes arrivent, le rapport poids/ puissance reprend ses droits. Les plus forts se détachent immanquablement.

Mais il n’empêche.

Si vous êtes peu à l’aise dans les pentes, vous pouvez tenter de vous placer à l’avant avant d’aborder une difficulté, puis de vous laisser ‘reculer’ dans le peloton durant la côte, et de basculer avec ce groupe au sommet.

Ce sera sans doute au prix d’un gros effort, vous serez peut-être dans les dernières positions…mais toujours dans le groupe. Malin.

La séquence de plat ou de descente qui suivra vous permettra de retrouver des couleurs.

Comment s’alimente-t-on dans un peloton ?

Tu as raison de le souligner, car on a vite fait d’oublier de manger ou de boire quand on démarre dans un peloton, trop occupé à gérer ce qui est autour.

On peut se mettre un petit rappel sur le compteur vélo par exemple.

Ensuite, si vous n’êtes pas à l’aise pour lâcher une main du guidon au milieu du peloton, vous pourrez vous laisser glisser à l’arrière. En vous plaçant à 1 mètre de la queue du peloton, vous pourrez facilement attraper votre bidon ou votre ravitaillement.

Autre astuce : vous pourrez ouvrir à la maison vos barres énergétiques de manière à y accéder plus facilement sur le vélo.

Comment prendre les courbes dans un peloton ?

On oublie la technique extérieur-intérieur. L’important est de garder sa ligne, de ne pas gêner les autres.

Si le peloton s’est mis en file indienne, on peut retrouver une trajectoire de virage extérieur-intérieur, toujours en faisant attention à ne pas faire d’écart.

Outre les effets d’aspiration et de protection contre le vent, quels sont les autres intérêts à rouler en peloton ?

Le peloton vous aide aussi à progresser plus vite.

Il y a un effet d’émulation qui vous pousse à vous dépasser. Vous n’avez pas envie de lâcher, que ce soit lors d’une sortie avec les copains ou lors d’une compétition.

Quand vous êtes dans un ‘bon’ groupe, quand vous roulez avec plus fort que vous, avec un groupe qui vous tire vers le haut, vous voulez rester avec.

Il y a aussi la convivialité, le plaisir de rouler avec les autres.

Dans un peloton, et notamment en sorties amicales, on se parle, on échange quelques mots. C’est un bon moyen de nouer de nouvelles connaissances.

Pour conclure, une dernière bêtise à ne pas faire en peloton ?

Partir le nez au vent, sans ravitaillement ni kit de réparation.

La première fois, les amis se feront un plaisir de vous donner une barre, de vous dépanner d’une chambre.

Si cela devient régulier, vous risquez de vous attirer quelques railleries, même auprès des plus patients…

Merci à Antoine pour m’avoir accordé cet entretien passionnant.

Je profite de cet article pour renforcer le point sur la sécurité en groupe, sur la base d’une publication trouvée sur le site de la Fédération Française de Cyclotourisme.

Voici résumées ci-dessous quelques-unes de ses recommandations qui complètent l’entretien ci-dessus.

  • En situation de tourner à gauche : Le 1er de la file tend le bras et crie « À gauche ! ». Les suivants passent le message. Après un coup d’œil en arrière, le groupe se déporte à gauche, tout en laissant la voie libre sur la droite pour les voitures.
  • Au Stop, au Cédez le passage, au Feu orange, au Feu rouge : Le 1er de la file lève le bras et crie « Stop ! ». Les suivants passent le message. Tous s’arrêtent ensuite.
  • Quand survient un danger : Des travaux, un chien qui traverse, un trou dans la chaussée : levez le bras du côté du danger et annoncez-le
  • Quand le danger vient de devant : Le 1er qui entend ou voit un obstacle crie « Droite devant ! ». Il fait passer le message au suivant. Le groupe se met sur une file. La file de gauche ralentit. La file de droite avance et laisse un espace. La file de gauche peut ainsi s’intercaler.
  • Quand le danger vient de derrière : Le 1er qui entend ou voit un obstacle crie « Droite derrière ! ». Le groupe se met sur une file. La file de gauche avance. La file de droite ralentit et laisse un espace. La file de gauche peut s’intercaler.

Philippe Buard
 

En ce moment, Philippe doit être en train de préparer son prochain article. Avec un objectif : vous faire partager ses expériences et découvertes, pour vous permettre de progresser toujours plus vite.

  • Antoine G dit :

    Merci Philippe pour cet interview !

    Je suis surpris du conseil “Lorsqu’elles existent sur le parcours, il faut emprunter les pistes cyclables”, en effet souvent ces pistes sont faiblement large et utilisées par des cyclistes plus vulnérables.
    Le risques est la chute du peloton pour éviter un danger et le manque de place pour faire un écart.

    Par ailleurs, super astuce pour les barres à ouvrir avant de partir, je n’y avais pas pensé ! Et avec l’hiver et les gros gants, très utile !!

    • Philippe Buard dit :

      Sur les pistes cyclables, on pourra retenir que ce sont des voies conseillées mais non obligatoires (depuis le décret 98-828, en application au 14.09.1998)… hormis si elles sont annoncées par un panneau “piste cyclable obligatoire”.
      Lorsqu’on n’est pas dans le cadre de “l’obligatoire”, il est bon, comme tu le soulignes d’apprécier la situation : largeur de la piste, nature de la route, taille du peloton. A voir au cas par cas donc. 🙂

      • Damien dit :

        Bonjour, toujours aussi intéressant merci. Concernant les pistes cyclables j’ai dans l’iéée (peut être totalement fausse) qu’on n’est pas censé les emprunter si on roule à plus de 30Km/h ; ce qui est une vitesse usuelle en peloton.
        Sinon un détail qu’il est bon de rappeler, au moins pour les sorties dominicales : si on est dans le niveau du groupe, bien prendre des relais. Si on est un peu en-deça, en prendre un par politesse et se laisser doubler rapidement car on ne tient pas le rythme. Et si on connait bien ceux qui tirent le groupe, si on ne se sent pas de mener le peloton, rester au chaud mais éviter – comme on le voit parfois – de doubler à l’arrivée dans un sprint digne du TDF ceux qui vous tirent depuis 100km (et prendre un air déçu de l’absence de félicitations de la part des meneurs !).

        • Philippe Buard dit :

          Merci Damien, détail intéressant en effet 🙂

        • Michel dit :

          Ça m’est souvent arrivé ça, et je n’ai jamais apprécié de voir les copains à la fin vouloir faire les pancartes et rouler des mécaniques.
          Dans les cyclosportives il est d’usage de laisser passer les filles à l’arrivée, certaines ce sont refusées à ça en me disant que ceux qui avaient fait le boulot ne devaient pas arriver après elles.

  • Labbe C dit :

    Merci, beaucoup Philippe pour tout ces conseils pratiques et utiles que j’ai découvert avec grand plaisir.

  • Christian J dit :

    je me permettrai juste un ajout à ce bel article, si on se sent un peu juste il est préférable d’être en milieu de peloton, il faut éviter la queue de peloton car on fait l’élastique en permanence et les nombreuses relances pour rester collé coutent en énergie.

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